Poêle à granulés et monoxyde de carbone : les règles en 2026

Guide 2026Mis à jour : novembre 2026·Lecture : 6 min

La campagne nationale de prévention des intoxications au monoxyde de carbone a été relancée dans les premiers jours de novembre 2026, et elle arrive cette année avec un sujet de plus : une proposition de loi déposée au Sénat le 12 octobre veut rendre le détecteur obligatoire dans chaque logement. Pour un propriétaire de poêle à granulés, la nouvelle est ambiguë. D'un côté, son appareil est le plus propre du parc bois, et le texte n'est pas voté. De l'autre, un poêle à granulés dépend d'un extracteur électrique et d'un circuit de fumées étanche — deux pièces qui se dégradent sans prévenir, et que l'entretien annuel ne contrôle pas tout à fait comme on l'imagine. Voici l'état exact du droit, ce que l'arrêté du 20 juillet 2023 fait réellement vérifier, et les quatre seuils à connaître avant d'acheter un détecteur.

Détecteur de monoxyde de carbone rond et blanc fixé au mur clair d'un salon, à hauteur de regard, un poêle à granulés en fonte noire allumé en arrière-plan, lumière froide de fin d'après-midi d'automne
✓ À retenir
  • Aucune loi n'impose aujourd'hui un détecteur de monoxyde de carbone dans un logement en France. La proposition de loi n° 27 (session 2026-2027), déposée au Sénat le 12 octobre 2026 par les sénateurs Dany Wattebled et Marie-Claude Lermytte, créerait un article L. 123-8 du code de la construction et de l'habitation : installation par le propriétaire, entretien par l'occupant. Au 28 octobre 2026, le texte était renvoyé à la commission des affaires économiques, sans examen ni vote
  • Les ordres de grandeur ne concordent pas, et il faut le savoir pour lire les chiffres qui circulent : le communiqué de Santé publique France du 26 novembre 2025 retient environ 3 000 personnes intoxiquées accidentellement et une centaine de décès par an, là où l'exposé des motifs de la proposition de loi n° 27 parle de 1 300 épisodes déclarés par an. Les deux ne comptent pas la même chose — personnes exposées d'un côté, épisodes signalés de l'autre
  • L'annexe 1 de l'arrêté du 20 juillet 2023, en vigueur depuis le 1er octobre 2023, liste les points que le professionnel doit contrôler sur un appareil à combustible solide : conduit de raccordement, amenées d'air, extracteur de fumées, joints, pressostat, arrêt automatique. Aucune analyse de combustion ni mesure de monoxyde de carbone n'y figure — l'attestation certifie des contrôles, pas un taux
  • Sur la fréquence, l'annexe 2 du même arrêté recommande deux ramonages par an, dont un pendant la saison de chauffe, au-delà d'environ 2,5 tonnes de granulés consommées — l'ordre de grandeur d'une maison chauffée principalement au poêle. C'est une recommandation annexée à l'attestation, pas une obligation du texte, mais elle est signée par l'arrêté

Où en est exactement l'obligation de détecteur

Le détecteur avertisseur autonome de fumée est obligatoire dans tout logement depuis mars 2015, en application de l'article R. 142-2 du code de la construction et de l'habitation. Le détecteur de monoxyde de carbone, lui, ne l'est pas — et ne l'est toujours pas en novembre 2026. La confusion est courante, et elle est aggravée par un détail technique : un détecteur de fumée ne détecte pas le monoxyde de carbone. Les deux appareils mesurent deux phénomènes différents, et posséder le premier ne protège en rien du second.

La proposition de loi n° 27 (session 2026-2027), déposée au Sénat le 12 octobre 2026 par les sénateurs Dany Wattebled et Marie-Claude Lermytte, veut combler cet écart. Son article unique rétablirait un chapitre III bis au titre II du livre Ier du même code et y créerait un article L. 123-8, dont la première phrase impose au propriétaire d'installer « au moins un détecteur de monoxyde de carbone normalisé ».

QuiCe que le texte déposé prévoit
PropriétaireInstaller dans le logement au moins un détecteur de monoxyde de carbone normalisé
Propriétaire bailleurS'assurer du bon fonctionnement du détecteur lors de l'établissement de l'état des lieux prévu par la loi du 6 juillet 1989
Occupant, locataire ou propriétaireAssurer l'entretien, le bon fonctionnement et, si besoin, le renouvellement de l'appareil pendant toute la durée d'occupation
OccupantNotifier l'installation à l'assureur auprès duquel il a souscrit la garantie incendie
Décret en Conseil d'ÉtatFixer les modalités pour le propriétaire non occupant, les locations saisonnières, les foyers, les logements de fonction, les meublés, et les mesures dans les parties communes

Proposition de loi n° 27, Sénat, session 2026-2027, déposée le 12 octobre 2026 et renvoyée à la commission des affaires économiques. Au 28 octobre 2026, ni examen en commission ni vote en séance. Le texte déposé ne fixe aucun délai de mise en conformité ni aucune sanction.

Deux réserves s'imposent à ce stade de la navette. Rien n'est applicable, d'abord : une version antérieure du même texte, déposée le 23 février 2024, est devenue caduque sans jamais être examinée. Le contenu peut changer, ensuite : l'exposé des motifs vise les logements chauffés au gaz, au fioul, au charbon ou au bois, là où l'article parle de « un logement » sans distinction — un écart que la commission devra trancher. Autrement dit, il n'y a aucune raison de différer un achat de 25 à 50 € en attendant une loi.

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Pourquoi un appareil propre peut quand même produire du CO

Le monoxyde de carbone naît d'une combustion incomplète : trop peu d'oxygène, ou une évacuation défaillante. Un poêle à granulés part avec deux avantages sur un foyer à bûches, le dosage automatique du combustible et l'extraction mécanique des fumées. Mais ces deux avantages sont aussi deux dépendances : l'extracteur est électrique, et c'est la dépression qu'il crée dans le foyer qui maintient les fumées du bon côté de la vitre. Les défaillances se rangent en cinq familles, de la plus brutale à la plus fréquente.

  1. Un conduit partiellement obstrué : suie compactée, nid, feuilles, neige tassée sur un débouché en toiture. L'extracteur compense d'abord, puis sature. La flamme devient paresseuse et les fumées cherchent d'autres sorties
  2. Un extracteur de fumées encrassé ou fatigué. Les pales se chargent de goudrons et le débit baisse progressivement. Rien ne s'arrête, aucun voyant ne s'allume, mais la marge de sécurité s'est réduite
  3. Les joints : porte, vitre, trappe à cendres, raccordement au conduit. Un joint durci laisse entrer de l'air parasite qui dérègle la combustion, et laisse sortir des fumées dès que le tirage s'inverse
  4. L'amenée d'air de combustion obstruée, ou le logement mis en dépression. Une VMC et un poêle non étanche prélevant l'air de la pièce se disputent le même volume — un sujet à trancher à la pose, pas après, comme nous l'avons détaillé dans le choix entre sortie en toiture et ventouse
  5. Un granulé inadapté et un creuset encrassé. Trop de fines, trop d'humidité, trop de cendres : les perforations du creuset se bouchent et l'air primaire ne passe plus. C'est la cause la plus courante, la moins chère à corriger, et celle que traite notre guide sur le choix des granulés
Le moment le plus sensible n'est pas la marche normale, c'est la coupure de courant. L'extraction s'arrête alors que le foyer contient encore des granulés en combustion, et les fumées peuvent refluer dans la pièce le temps que le feu s'éteigne. N'ouvrez pas la porte, aérez largement, et ne relancez pas l'appareil avant d'avoir vérifié que l'extracteur repart — la marche à suivre complète est dans notre guide sur la coupure de courant.

Ce que l'entretien annuel vérifie, et ce qu'il ne mesure pas

Depuis le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023, applicable au 1er octobre 2023, l'entretien d'un appareil à combustion et le ramonage de son conduit relèvent d'une obligation au moins annuelle, sanctionnée par la remise d'une attestation. Ce qui est beaucoup moins connu, c'est que l'arrêté du même jour, publié au Journal officiel du 22 juillet 2023, liste à son annexe 1 les opérations que le professionnel doit effectuer sur un dispositif de chauffage décentralisé à combustible solide. Près de la moitié de cette liste porte directement sur le risque de monoxyde de carbone.

Point de l'annexe 1Le risque qu'il couvre
Conduit de raccordement contrôlé et nettoyé si nécessaire, débouché du terminal vérifiéObstruction du conduit et refoulement des fumées
Amenées d'air de combustion inspectées et nettoyéesCombustion incomplète par manque d'oxygène
Extracteur de fumées nettoyé et contrôléBaisse progressive et silencieuse du débit d'extraction
Pièces d'usure, dont les joints, vérifiées et remplacées selon la prescription du fabricantAir parasite en entrée, fumées en sortie
Pressostat contrôléDéfaut de tirage non détecté par l'appareil lui-même
Arrêt automatique vérifié, y compris en cas de dépassement de températureAbsence de mise en sécurité
Puissance par défaut et réglages de l'extracteur contrôlés, pour les appareils à granulés à foyer ferméFonctionnement durable hors de la plage prévue par le fabricant

Extraits de l'annexe 1 de l'arrêté du 20 juillet 2023 précisant les spécifications techniques et les modalités pour l'entretien et le ramonage des dispositifs de chauffage décentralisés à combustible solide, en vigueur au 1er octobre 2023. L'arrêté n'impose ni analyse de combustion ni mesure de monoxyde de carbone.

La dernière ligne de la note ci-dessus est la limite du dispositif, et elle mérite d'être dite clairement : votre attestation certifie une liste de contrôles, pas un taux de monoxyde de carbone mesuré dans la pièce. C'est exactement l'espace que remplit un détecteur. Les agences régionales de santé répètent chaque année qu'un détecteur ne remplace pas l'entretien ; la réciproque est tout aussi vraie, et moins souvent rappelée.

Sur la fréquence, l'annexe 2 du même arrêté apporte une nuance peu reprise : elle recommande deux ramonages par an, dont un pendant la saison de chauffe, lorsque la consommation annuelle dépasse environ 2,5 tonnes de granulés. Elle conseille aussi un ramonage avant une longue période d'inutilisation. Ces conseils sont annexés à l'attestation à titre informatif, mais ils portent la signature de l'arrêté — un argument utile face à un professionnel qui s'en tiendrait au minimum. Le détail des obligations, des tarifs et des conséquences sur l'assurance est dans notre guide sur l'entretien du poêle à granulés.

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Acheter et poser un détecteur : quatre seuils, et un piège

Un détecteur de monoxyde de carbone coûte entre 25 et 50 € et se pose sans outil. La seule mention qui compte sur l'emballage est la norme NF EN 50291, qui fixe ce que l'appareil doit déclencher, et au bout de combien de temps. Un détecteur qui sonnerait au premier ppm serait inutilisable au quotidien ; un détecteur lent serait dangereux. La norme arbitre entre les deux, et ses quatre seuils expliquent pourquoi un appareil peut rester silencieux alors qu'il fonctionne.

Concentration de CO dans l'airComportement imposé au détecteur
30 ppmAucune alarme avant 120 minutes
50 ppmAlarme entre 60 et 90 minutes
100 ppmAlarme entre 10 et 40 minutes
300 ppmAlarme en moins de 3 minutes

Seuils et délais de déclenchement de la norme NF EN 50291, applicable aux détecteurs de monoxyde de carbone à usage domestique. Le marquage CE seul ne vaut pas conformité à cette norme : vérifiez que la référence EN 50291 figure sur l'appareil et dans sa notice.

Reste la pose, qui décide de l'efficacité réelle de l'appareil. Cinq règles suffisent.

  1. À environ 1,50 mètre du sol, à hauteur de respiration. Le monoxyde de carbone a une densité proche de celle de l'air : il ne s'accumule ni au plafond comme la fumée, ni au sol comme le butane
  2. Dans la pièce du poêle, mais à un à trois mètres de l'appareil et jamais juste au-dessus. Trop près, les variations normales de l'allumage le feront sonner pour rien, et un détecteur qu'on débranche ne sert plus à personne
  3. Un second détecteur dans le couloir desservant les chambres, et à l'étage s'il y en a un. Les intoxications graves surviennent pendant le sommeil, quand les symptômes ne réveillent plus
  4. Ni derrière un meuble, ni dans un placard, ni à côté d'une fenêtre ou d'une bouche de ventilation, qui diluent l'air prélevé et retardent la détection
  5. Le piège : la date de péremption, pas celle de la pile. La cellule électrochimique a une durée de vie finie, inscrite sur le boîtier. Passée cette date, l'appareil s'allume encore et ne détecte plus. Notez-la au feutre sur le capot le jour de la pose

L'alarme sonne, ou vous avez un doute : la séquence

Les symptômes d'une intoxication au monoxyde de carbone imitent ceux d'un état grippal — maux de tête, nausées, fatigue, vertiges, confusion — et c'est précisément ce qui les rend dangereux en pleine saison de chauffe. Deux indices permettent de les distinguer : ils touchent plusieurs occupants du logement en même temps, animaux compris, et ils s'atténuent dès qu'on sort.

  1. Aérer immédiatement : ouvrir en grand portes et fenêtres
  2. Arrêter les appareils à combustion, si c'est possible sans s'exposer. Ne pas ouvrir la porte du foyer
  3. Évacuer les lieux, avec tous les occupants
  4. Appeler depuis l'extérieur le 15, le 18 ou le 112, et le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes. Le centre antipoison répond au 01 45 42 59 59, 24 heures sur 24
  5. Ne pas réintégrer le logement avant l'avis d'un professionnel qualifié, qui aura identifié et traité la cause

Cette conduite à tenir est celle que Santé publique France publie dans son communiqué du 26 novembre 2025, reprise par les agences régionales de santé dans la campagne relancée au début de novembre 2026. L'échelle du phénomène reste régionale avant d'être nationale : le communiqué de l'ARS Grand Est du 4 novembre 2026 recense, pour cette seule région et pour l'année 2025, 150 épisodes d'intoxication, 514 personnes touchées, 187 hospitalisations et 2 décès.

Un dernier point, budgétaire. Si votre doute porte moins sur votre poêle à granulés que sur un appareil ancien resté en service — une cheminée d'appoint, une vieille chaudière bois au sous-sol —, la réponse la moins coûteuse à long terme n'est pas un détecteur de plus mais un remplacement. Notre simulateur d'aides chiffre le reste à charge en deux minutes, et les conditions de la prime CEE, avec son seuil de 80 % d'Etas, sont détaillées dans le guide qui lui est consacré.

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Questions fréquentes

Le détecteur de monoxyde de carbone est-il obligatoire en 2026 ?

Non. Aucune loi ne l'impose à ce jour dans un logement en France. Le détecteur de fumée, lui, est obligatoire depuis mars 2015 au titre de l'article R. 142-2 du code de la construction et de l'habitation, et il ne détecte pas le monoxyde de carbone : les deux ne sont pas interchangeables. La proposition de loi n° 27, déposée au Sénat le 12 octobre 2026, créerait cette obligation, mais elle était encore renvoyée en commission des affaires économiques au 28 octobre 2026, sans examen ni vote. Un texte peut rester des années sans être inscrit à l'ordre du jour : une version antérieure, déposée le 23 février 2024, est devenue caduque. L'installation reste donc volontaire, et aucune sanction n'existe.

Un poêle à granulés étanche peut-il quand même provoquer une intoxication ?

Plus rarement, mais oui. « Étanche » qualifie le circuit, pas l'appareil : l'air de combustion est prélevé à l'extérieur et les fumées sont évacuées en circuit fermé, indépendamment de l'air de la pièce. Cette étanchéité repose sur des joints et des raccords mécaniques, qui vieillissent, et sur un terminal qui peut s'obstruer. S'y ajoutent deux situations où le circuit est ouvert : la porte du foyer pendant la marche, et l'arrêt de l'extracteur lors d'une coupure de courant. L'annexe 1 de l'arrêté du 20 juillet 2023 fait d'ailleurs du contrôle des pièces d'usure, joints compris, un point d'entretien à part entière — c'est le signe que le texte ne considère pas l'étanchéité comme acquise.

Combien de ramonages par an pour un poêle à granulés ?

Un entretien et un ramonage au moins tous les douze mois, par un professionnel qualifié, depuis le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023 applicable au 1er octobre 2023. L'annexe 2 de l'arrêté du même jour recommande en outre un second ramonage lorsque la consommation annuelle dépasse environ 2,5 tonnes de granulés, l'un des deux devant intervenir pendant la saison de chauffe. Conservez l'attestation : elle doit mentionner la liste des points contrôlés selon l'annexe 1, la date de l'intervention et la signature du technicien, et c'est la pièce que votre assureur réclamera en cas de sinistre.

Mon assurance peut-elle refuser de m'indemniser sans détecteur de monoxyde de carbone ?

Le détecteur n'étant pas obligatoire aujourd'hui, son absence ne peut pas en elle-même fonder un refus. Le point réellement sensible est ailleurs : l'attestation d'entretien annuelle, devenue une obligation du code de la santé publique avec le décret n° 2023-641, est la pièce que les contrats exigent couramment. Si la proposition de loi n° 27 était adoptée en l'état, elle ajouterait une notification de l'installation à l'assureur couvrant le risque d'incendie, sans prévoir ni délai ni sanction — à suivre si le texte avance. Au-delà de ce cadre général, les clauses varient d'un contrat à l'autre : la seule réponse fiable tient dans la lecture de vos conditions générales, et nous ne sommes ni assureur ni juriste.

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