Fenêtres 2026 : la décennale ne couvre plus votre pose

Guide 2026Mis à jour : octobre 2026·Lecture : 7 min

La fenêtre est devenue le poste de désordres le plus surveillé du bâtiment français : dans son observatoire de la qualité de la construction présenté le 18 juin 2026, l'Agence qualité construction (AQC) la place au premier rang des désordres relevés dans les locaux d'activité, avec 9,6 % du total, et au deuxième rang en rénovation de logement collectif. Au même moment, elle a perdu sa protection la plus solide : par un arrêt du 21 mars 2024, la Cour de cassation a sorti les équipements posés sur un bâtiment existant du champ de la garantie décennale. Si vous faites remplacer vos fenêtres en 2026, ce n'est donc plus dix ans de couverture automatique que vous achetez, mais un an — et un dossier à monter vous-même au-delà. Voici ce qui reste, et comment le sécuriser avant de signer.

Joint de calfeutrement entre un dormant de fenêtre PVC neuf et la maçonnerie d'une maison en rénovation
✓ À retenir
  • Par l'arrêt du 21 mars 2024 (Cass. 3e civ., n° 22-18.694), un élément d'équipement installé en remplacement sur un bâtiment existant ne relève ni de la garantie décennale ni de la garantie biennale, « quel que soit le degré de gravité des désordres ».
  • Ce revirement annule la jurisprudence du 15 juin 2017 (n° 16-19.640), qui étendait la décennale dès que le désordre rendait le logement impropre à sa destination — le cas typique d'une fenêtre qui prend l'eau.
  • Conséquence concrète : l'assurance décennale obligatoire de votre poseur n'est plus mobilisable. Si l'entreprise est liquidée, il n'y a plus d'assureur à actionner et votre recours dépend de sa solvabilité.
  • Ce qui reste : la garantie de parfait achèvement (1 an, article 1792-6 du code civil), la garantie légale de conformité (2 ans, DGCCRF), la responsabilité contractuelle (5 ans, article 2224) et la garantie commerciale du fabricant.

Le paradoxe de 2026 : le poste le plus sinistré, la garantie la plus faible

Commençons par l'ampleur du phénomène. L'UFME, l'union des fabricants de menuiseries, chiffre dans sa fiche informative de mai 2025 à 10,3 millions le nombre de fenêtres posées chaque année en France, dont 7,75 millions en rénovation — soit trois chantiers sur quatre réalisés sur un bâtiment déjà debout. C'est exactement la catégorie que la Cour de cassation vient de faire sortir du régime protecteur de la construction.

Or ces chantiers ne sont pas anodins. L'observatoire de l'AQC, qui exploite depuis 1986 les rapports d'expertise des assureurs dommages-ouvrage via le dispositif Sycodés, indique dans son édition 2026 que la sinistralité des menuiseries extérieures a quasiment doublé en dix ans dans le logement collectif. Et sur la période 2023-2025, l'étanchéité à l'eau représente 67 % des manifestations de désordres relevées, toutes familles d'ouvrage confondues. La jonction entre la menuiserie et le gros œuvre est le point faible documenté du chantier fenêtre.

Ce que cela change pour vous, en une phrase : le désordre le plus probable sur une fenêtre neuve — une infiltration au calfeutrement ou à l'appui, qui se révèle au premier automne pluvieux — est précisément celui qui, avant mars 2024, ouvrait la décennale, et qui n'y donne plus droit aujourd'hui.

Ce que la Cour de cassation a décidé le 21 mars 2024

La garantie décennale de l'article 1792 du code civil couvre les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, pendant dix ans à compter de la réception. Elle est assortie d'une assurance obligatoire : c'est tout son intérêt, puisqu'elle vous permet d'être indemnisé même si l'entreprise a disparu.

Pendant sept ans, un arrêt du 15 juin 2017 avait étendu ce régime aux équipements ajoutés ou remplacés sur un existant, dès lors que le désordre rendait l'ensemble impropre à sa destination. L'arrêt du 21 mars 2024 (3e chambre civile, n° 22-18.694) y met fin : un élément d'équipement qui ne constitue pas lui-même un ouvrage ne relève ni de la décennale, ni de la garantie biennale de bon fonctionnement de l'article 1792-3, quelle que soit la gravité des désordres. Ce revirement s'applique à tous les litiges en cours.

Avant mars 2024Depuis mars 2024
FondementGarantie décennale (art. 1792)Responsabilité contractuelle (art. 1231-1)
Durée10 ans après réception5 ans à compter de la connaissance du dommage (art. 2224)
Preuve à apporterAucune : responsabilité de plein droitLa faute de l'entreprise, le préjudice et le lien de causalité
Assurance obligatoireOui, l'assureur décennale est actionnableNon : plus d'assureur à mobiliser
Si l'entreprise a disparuIndemnisation par l'assureurRecours dépendant de sa solvabilité

Source : Cass. 3e civ., 21 mars 2024, n° 22-18.694, revenant sur Cass. 3e civ., 15 juin 2017, n° 16-19.640.

Le déplacement est double, et c'est le second qui coûte le plus cher : vous perdez cinq ans de protection, mais vous héritez surtout de la charge de la preuve. Démontrer qu'un calfeutrement a été mal exécuté suppose une expertise, donc des frais avancés.

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Votre chantier est-il un « ouvrage » ? Le test en trois questions

Tout se joue désormais sur un mot : ouvrage. Si vos travaux en constituent un, la décennale s'applique toujours. Les juges ne regardent ni le prix du chantier, ni la sophistication technique du produit, ni la gêne subie pendant les travaux. Ils examinent la consistance physique des travaux et leur ancrage dans l'immeuble.

  1. Avez-vous créé ou modifié une ouverture ? Percer un mur porteur pour une baie, agrandir un tableau, reprendre un linteau : on touche au gros œuvre, et la qualification d'ouvrage devient défendable.
  2. A-t-on démoli et reconstruit une partie du bâti ? Une dépose totale avec reprise de la maçonnerie, du seuil et des appuis pèse beaucoup plus lourd qu'une pose en rénovation sur dormant conservé.
  3. Le remplacement est-il à l'identique ? Si l'on retire l'ancienne fenêtre pour en poser une neuve de même dimension dans le même tableau, vous êtes selon toute vraisemblance dans le cas d'un simple élément d'équipement — hors décennale.

Aucun arrêt publié ne tranche encore spécifiquement le cas de la fenêtre, et il faut le dire franchement. La décision la plus proche concerne les menuiseries mobiles : le 19 février 2026, la cour d'appel de Nîmes (n° 23/01306) a refusé la qualification d'ouvrage à des volets roulants motorisés posés en remplacement de persiennes. À l'inverse, le même jour, la cour d'appel de Douai (n° 24/06084) a retenu l'ouvrage pour une pompe à chaleur géothermique, dont les capteurs enterrés supposent des travaux de terrassement. La ligne de partage est bien l'intervention lourde sur le bâti, et une pose en rénovation classique n'en est pas une.

Le réflexe à avoir le jour de la réception : faites inscrire au procès-verbal la nature exacte de la pose — dépose totale ou pose en rénovation, reprise de maçonnerie ou non. C'est cette mention qui servira de point de départ à toute discussion sur la garantie applicable, deux ans plus tard, quand plus personne ne se souviendra du chantier.

Les quatre garanties qui vous restent, dans l'ordre où les actionner

Perdre la décennale ne veut pas dire être sans recours. Quatre leviers subsistent, et ils ne se valent pas : les deux premiers sont faciles à actionner mais courts, les deux derniers sont longs mais exigeants.

GarantieDuréeCe qu'il faut prouver
Parfait achèvement (art. 1792-6)1 an à compter de la réceptionRien : la garantie est objective, la faute n'a pas à être démontrée
Conformité (code de la consommation)2 ans à compter de la délivranceLe défaut seulement : il est présumé antérieur à la livraison
Responsabilité contractuelle (art. 1231-1)5 ans à compter de la découverteLa faute, le préjudice et le lien de causalité
Garantie commerciale du fabricantVariable, souvent 10 ans sur le profiléCe que prévoit le contrat, et lui seul

Sources : articles 1792-6, 1231-1 et 2224 du code civil ; DGCCRF, fiche pratique sur les garanties légales de conformité et contre les vices cachés.

La garantie de parfait achèvement est votre meilleur outil, à condition de ne pas laisser passer l'année. Elle couvre les réserves inscrites au procès-verbal et les désordres apparus après la réception, pourvu que vous les signaliez par écrit — une lettre recommandée avec accusé de réception décrivant le désordre et demandant la reprise. Attention à ce point technique : la Cour de cassation a jugé qu'une assignation en justice ne tient pas lieu de notification. Si l'entreprise ne s'exécute pas après mise en demeure, les travaux peuvent être réalisés par un tiers à ses frais et risques.

Côté consommation, la DGCCRF rappelle dans sa fiche pratique sur les garanties légales que le vendeur professionnel répond aussi des défauts liés à l'installation lorsqu'elle est réalisée sous sa responsabilité. La mise en conformité doit intervenir dans un délai maximal de trente jours ; au-delà d'un mois, ou en cas de refus, vous pouvez demander une réduction du prix ou la résolution du contrat. Les vices cachés, eux, se prescrivent par deux ans à compter de la découverte du vice, et non de l'achat.

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Trois clauses à exiger sur le devis avant de signer

Puisque la loi vous protège moins, c'est le contrat qui doit compenser. Ces trois exigences ne coûtent rien à un installateur sérieux, et elles font fuir les autres.

  • La mention explicite de la nature de la pose et du traitement de l'étanchéité : type de calfeutrement, bandes d'étanchéité, traitement de l'appui. C'est le poste de désordre n° 1 selon l'AQC ; il doit figurer noir sur blanc, pas se cacher derrière un « pose comprise ».
  • Une garantie contractuelle écrite sur la pose, d'une durée supérieure à l'année de parfait achèvement. Rien n'interdit à une entreprise de s'engager sur cinq ou dix ans : c'est désormais le seul moyen d'obtenir l'équivalent de l'ancienne décennale.
  • L'attestation d'assurance de l'entreprise, à jour, et sa qualification RGE vérifiée sur l'annuaire officiel France Rénov' — qui conditionne par ailleurs la prime CEE et la TVA à 5,5 %.

Reste la question des finances. Depuis le 1er septembre 2026, le remplacement de fenêtres et de menuiseries seul n'ouvre plus droit à MaPrimeRénov', mais la TVA à 5,5 %, l'éco-prêt à taux zéro, la prime CEE et le parcours de rénovation d'ampleur restent mobilisables selon votre situation. Le simulateur fait ce tri en quelques questions. Et le jour de la pose, servez-vous de notre guide des défauts à repérer le jour J : depuis mars 2024, ce que vous inscrivez au procès-verbal de réception vaut bien plus qu'avant.

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Questions fréquentes

Mes fenêtres neuves fuient : la garantie décennale de l'installateur joue-t-elle ?

Dans la plupart des cas, non. Depuis l'arrêt de la Cour de cassation du 21 mars 2024 (3e chambre civile, n° 22-18.694), un élément d'équipement posé en remplacement sur un bâtiment existant ne relève ni de la garantie décennale ni de la garantie biennale, quelle que soit la gravité des désordres. Elle ne reste applicable que si les travaux constituent eux-mêmes un ouvrage, ce qui suppose une intervention lourde sur le bâti : création d'ouverture, reprise de maçonnerie ou de linteau. Une pose en rénovation sur dormant conservé n'en est pas une.

Quel délai ai-je pour agir contre mon poseur de fenêtres ?

Un an à compter de la réception pour la garantie de parfait achèvement de l'article 1792-6 du code civil, qui est la voie la plus simple car elle n'exige pas de prouver une faute. Deux ans à compter de la délivrance pour la garantie légale de conformité, et deux ans à compter de la découverte du vice pour les vices cachés. Au-delà, il reste la responsabilité contractuelle de droit commun, qui se prescrit par cinq ans à compter du jour où vous avez connu le dommage, en application de l'article 2224 du code civil.

Mon installateur a été placé en liquidation : qui paie les malfaçons ?

C'est la conséquence la plus lourde du revirement de 2024. Tant que la décennale s'appliquait, vous pouviez agir directement contre l'assureur, l'assurance étant obligatoire. La responsabilité contractuelle de droit commun n'est assortie d'aucune assurance obligatoire : s'il n'y a plus d'entreprise solvable, il n'y a plus personne à actionner. D'où l'intérêt de vérifier l'attestation d'assurance avant de signer et de ne jamais solder le chantier avant la réception.

La garantie « 10 ans » affichée par le fabricant remplace-t-elle la décennale ?

Non, et il faut bien distinguer les deux. La garantie commerciale du fabricant est contractuelle : elle ne vaut que ce qu'écrit son contrat, porte en général sur le profilé ou le vitrage, et non sur la pose — qui est précisément l'origine de la majorité des désordres selon l'observatoire 2026 de l'Agence qualité construction. La décennale, elle, était légale et assurée. Pour couvrir la pose au-delà d'un an, la seule solution est d'obtenir de l'installateur une garantie contractuelle écrite sur sa prestation.

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