Poêle à granulés : l'échéance du 31 décembre 2026, pas 2027
Le 4 octobre 2026, le Journal du Geek demandait si l'on allait « vers une interdiction complète du chauffage au bois ». L'article ne citait aucun seuil, aucun numéro de texte, aucune date de publication officielle — et concluait lui-même qu'une interdiction totale restait « très peu probable ». C'est le énième épisode d'une rumeur qui tourne depuis janvier 2024 et qui a désormais son chiffre fétiche : 2027. Deux sénateurs ont interrogé le Gouvernement à ce sujet, l'un en mars, l'autre en mai 2025. Les deux réponses sont publiées au Journal officiel du Sénat, elles sont précises, et elles ne contiennent pas la date de 2027. Elles en contiennent une autre, beaucoup plus proche : le 31 décembre 2026. Voici ce qui se joue réellement d'ici là, et ce que cela change — ou non — si vous faites installer un poêle cet automne.

- La réponse du ministère de la ville et du logement à la question écrite n°03899 du sénateur Jean-Claude Anglars, publiée au Journal officiel du Sénat du 4 juin 2026, indique que les travaux européens sur les poêles et les chaudières se poursuivent en 2026 et que les exigences seront adoptées au plus tard le 31 décembre 2026, assorties d'un délai d'application pour laisser les fabricants adapter leurs gammes. Ni cette réponse ni celle du 22 janvier 2026 ne mentionne l'année 2027
- Les deux réponses ministérielles sont explicites sur un point : la révision ne porte que sur les produits nouvellement mis sur le marché. Un appareil déjà installé n'est pas concerné, et aucun texte européen n'impose de le remplacer
- Aucun seuil n'a été officiellement communiqué. La question n°03899 le dit elle-même, et elle cite au passage des valeurs — moins de 30 mg/Nm³ de particules, moins de 500 mg/Nm³ de NOx — qui ne sont pas celles de l'annexe II du règlement (UE) 2015/1185 en vigueur : pour un poêle à granulés à foyer fermé, celle-ci exige 20 mg/m³ de particules et 200 mg/m³ de NOx
- Ce qui inquiète les fabricants n'est pas l'année 2027, c'est l'absence de marge. Les critères du label Flamme Verte 7 étoiles pour les poêles à granulés reprennent exactement les valeurs du règlement de 2015 : 79 % de rendement, 20 de particules, 300 de CO, 200 de NOx, 60 de COV. Le plancher légal européen est déjà au niveau du plafond du label français
- D'où vient 2027, et pourquoi cette date n'est écrite nulle part
- Les seuils réellement en vigueur, et pourquoi il faut les connaître
- Ce que la révision changerait, et pour qui
- Le vrai risque pour votre budget n'est pas européen
- Acheter cet automne : quatre questions à poser au vendeur
- Questions fréquentes
D'où vient 2027, et pourquoi cette date n'est écrite nulle part
La rumeur a une origine datée. Dans sa question écrite n°04685, publiée au Journal officiel du Sénat du 15 mai 2025, le sénateur de la Vienne Bruno Belin rappelle qu'en janvier 2024, la Commission européenne a publié un projet relevant fortement les exigences de performance énergétique et environnementale des appareils de chauffage au bois. Il ajoute que les seuils proposés dépassaient nettement les critères du label Flamme Verte, au point de rendre la commercialisation de certains modèles difficile, et que le texte a été reporté pour être retravaillé. C'est de ce projet retiré, et non d'une interdiction votée, que descendent tous les articles sur « 2027 ».
Les réponses du Gouvernement aux deux sénateurs qui l'ont interrogé sont, elles, parfaitement datées. Celle à la question de Bruno Belin a été publiée le 22 janvier 2026 ; celle à la question n°03899 du sénateur de l'Aveyron Jean-Claude Anglars, intitulée « Seuils techniques des futures normes applicables aux appareils de chauffage au bois en 2027 », a été publiée le 4 juin 2026. Les deux disent la même chose, dans les mêmes termes : les travaux se poursuivent en 2026, et les exigences seront adoptées au plus tard le 31 décembre 2026, avec un délai d'application non chiffré. Autrement dit, l'échéance réglementaire se situe dans les trois mois qui viennent — et elle porte sur une adoption, pas sur une interdiction.
| Document | Date | Ce qu'il dit du calendrier |
|---|---|---|
| Règlement (UE) 2015/1185, annexe II | Exigences applicables depuis le 1er janvier 2022 | Fixe les seuils en vigueur pour les appareils neufs |
| Article 7 du même règlement | Réexamen à présenter au forum consultatif au plus tard le 1er janvier 2024 | Prévoit le réexamen, sans fixer de date d'adoption |
| Projet de la Commission européenne | Janvier 2024 | Relève fortement les seuils ; reporté pour être retravaillé |
| Réponse à la question Sénat n°04685 | 22 janvier 2026 | Adoption au plus tard le 31 décembre 2026 |
| Réponse à la question Sénat n°03899 | 4 juin 2026 | Même échéance, plus un délai d'application non chiffré |
La norme EN 16510 et le label Flamme Verte sont souvent cités comme sources de l'échéance de 2027 : ni l'un ni l'autre n'est un texte d'interdiction. Aucun des documents ci-dessus ne fixe de date en 2027.
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Les seuils réellement en vigueur, et pourquoi il faut les connaître
Avant de juger une rumeur sur les futurs seuils, il faut savoir où se situe le plancher actuel. L'annexe II du règlement (UE) 2015/1185 s'applique aux appareils neufs depuis le 1er janvier 2022. Pour un poêle à granulés à foyer fermé, elle exige un rendement énergétique saisonnier d'au moins 79 % et, pour les émissions mesurées à 13 % d'oxygène selon la méthode 1 de l'annexe III, un maximum de 20 mg/m³ de particules, 60 mgC/m³ de composés organiques gazeux, 300 mg/m³ de monoxyde de carbone et 200 mg/m³ d'oxydes d'azote. À titre de comparaison, le même texte tolère 40 mg/m³ de particules pour un appareil à bûches à foyer fermé et 50 mg/m³ en foyer ouvert.
| Exigence (poêle à granulés, foyer fermé) | Règlement (UE) 2015/1185, annexe II | Label Flamme Verte 7 étoiles |
|---|---|---|
| Rendement énergétique saisonnier | ≥ 79 % | ≥ 79 % |
| Particules | ≤ 20 | ≤ 20 |
| Monoxyde de carbone (CO) | ≤ 300 | ≤ 300 |
| Oxydes d'azote (NOx) | ≤ 200 | ≤ 200 |
| Composés organiques (COV/COG) | ≤ 60 | ≤ 60 |
| Critère combiné particules + COV | Non prévu | ≤ 40 |
Valeurs du règlement mesurées à 13 % d'O₂, méthode 1 de l'annexe III. Critères du label relevés sur la fiche Flamme Verte de Selectra, mise à jour le 1er septembre 2026, qui précise qu'au 1er janvier 2025 le label a ajouté des mesures de performance à charge partielle.
Ce tableau est le cœur du sujet, et il explique l'inquiétude de la filière mieux que n'importe quelle date. Le label français le plus exigeant ne demande rien de plus que la loi européenne, à une exception près : un critère combiné particules + COV plafonné à 40, absent du règlement. Les deux réponses ministérielles le formulent d'ailleurs ainsi, en indiquant que les exigences actuelles sont « proches de celles du label Flamme Verte ». Conséquence : tout durcissement du plancher européen passerait au-dessus de ce que garantit aujourd'hui le meilleur étiquetage français. Ce n'est pas un appareil installé chez un particulier qui est menacé, c'est le catalogue des fabricants.
Ce que la révision changerait, et pour qui
Sur ce point, les deux réponses ministérielles emploient une formule identique et sans ambiguïté : la révision des règlements « vise les produits nouvellement mis sur le marché », et les appareils déjà installés ne sont pas concernés. Le droit de l'écoconception encadre la mise sur le marché, pas l'usage domestique d'un bien déjà acheté. Voilà ce que cela donne selon votre situation :
- Vous possédez déjà un poêle à granulés : rien ne change. Aucun texte européen ne vous obligera à le remplacer, quelle que soit la date d'adoption des nouvelles exigences. Les seules restrictions d'usage possibles sont locales, et nous y revenons plus bas.
- Vous achetez cet automne : votre appareil reste conforme. Un poêle mis sur le marché en octobre 2026 respecte les exigences en vigueur depuis le 1er janvier 2022, et il les respectera toute sa vie. Une exigence adoptée après son achat ne s'applique pas rétroactivement à lui.
- Vous attendez la nouvelle réglementation : vous attendrez longtemps. Au-delà du 31 décembre 2026 s'ajoute un délai d'application que le Gouvernement ne chiffre pas, destiné à laisser les fabricants adapter leurs gammes. Entre-temps, vous aurez passé une saison de chauffe sans appareil.
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Le vrai risque pour votre budget n'est pas européen
Pendant que l'on commente une interdiction qui n'existe pas, une décision bien réelle est passée presque inaperçue. Le décret du 25 août 2026 a sorti les poêles à granulés du parcours MaPrimeRénov' par geste pour toute demande déposée à partir du 1er septembre 2026. En six semaines, le calendrier des aides a donc coûté aux acheteurs beaucoup plus que n'importe quel scénario bruxellois. Restent la prime CEE, la TVA à 5,5 %, l'éco-prêt à taux zéro et, selon le territoire, un dispositif local : nous avons détaillé ce montage dans notre article sur le financement d'un poêle sans MaPrimeRénov'.
La seconde contrainte réelle est locale, et les réponses ministérielles la désignent précisément. Elles rappellent que le chauffage domestique au bois représente 67 % des émissions françaises directes de particules fines PM2,5, d'après les données 2022 du CITEPA, et que des restrictions ciblées peuvent être décidées par les préfets dans les zones couvertes par un plan de protection de l'atmosphère. C'est là, et nulle part ailleurs, que se décident les interdictions d'usage dont parlent les articles alarmistes — et elles visent les foyers ouverts et les appareils anciens, pas les poêles à granulés récents. Notre article sur les vieux poêles et cheminées interdits en 2026 recense ces dispositifs territoriaux.
Dernier élément de contexte, puisqu'il pèse davantage sur une saison que tout le reste : le relevé Selectra du 25 septembre 2026 situe le granulé vrac à 431 € la tonne en moyenne nationale, avec un écart de 406 € à Angers à 475 € à Argenteuil. Nous avons reconstitué le budget complet d'une saison, électricité de l'appareil et entretien obligatoire inclus, dans notre article sur le coût réel d'un hiver au poêle à granulés.
Acheter cet automne : quatre questions à poser au vendeur
Si la réglementation européenne ne doit pas décider de votre achat, la performance de l'appareil, elle, doit le faire. Quatre questions suffisent à écarter l'essentiel des mauvaises surprises :
- Demandez la fiche technique, et les valeurs mesurées. Rendement énergétique saisonnier, particules, CO, NOx, COV : comparez-les aux 79 %, 20, 300, 200 et 60 de l'annexe II. Un vendeur qui ne produit pas ces chiffres ne vend pas un appareil que vous pouvez évaluer.
- Demandez si le modèle est mesuré à charge partielle. Depuis le 1er janvier 2025, le label Flamme Verte impose des mesures de performance à charge réduite. C'est le régime dans lequel un poêle passe l'essentiel de la saison, et celui où les écarts entre modèles se creusent.
- Vérifiez la qualification RGE et la date de dépôt des dossiers. Les aides restantes — CEE, éco-PTZ, dispositifs locaux — ont leurs propres conditions et leurs propres calendriers ; un dossier déposé après une bascule est perdu, comme l'a montré le 1er septembre 2026.
- Renseignez-vous en mairie sur le PPA et le Fonds Air Bois. Ces deux informations locales pèsent plus lourd sur votre projet, dans un sens comme dans l'autre, que l'issue de la révision européenne.
Pour le reste — puissance adaptée à la surface, choix du conduit, budget d'installation —, notre guide poêle à granulés rassemble les repères chiffrés, et notre simulateur croise vos revenus, votre logement et les dispositifs ouverts en octobre 2026 pour afficher un reste à charge.
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Questions fréquentes
Mon poêle à granulés actuel sera-t-il interdit en 2027 ?
Non, et les deux réponses ministérielles l'écrivent noir sur blanc. La révision européenne en cours vise les produits nouvellement mis sur le marché ; les appareils déjà installés ne sont pas concernés, et aucun texte européen n'impose de les remplacer. Les seules restrictions d'usage qui existent en France sont locales : un préfet peut, dans une zone couverte par un plan de protection de l'atmosphère, limiter l'usage d'appareils non performants. Ces mesures visent les foyers ouverts et les appareils anciens, pas un poêle à granulés conforme à l'annexe II du règlement (UE) 2015/1185.
Faut-il attendre la nouvelle réglementation pour acheter ?
Rien ne le justifie, et attendre vous coûte deux fois. Un poêle acheté aujourd'hui respecte des exigences applicables depuis le 1er janvier 2022, dont les seuils sont exactement ceux du label Flamme Verte 7 étoiles ; il restera conforme toute sa vie, puisque l'écoconception ne s'applique pas rétroactivement. En face, les nouvelles exigences doivent être adoptées au plus tard le 31 décembre 2026 selon la réponse du 4 juin 2026, mais avec un délai d'application que le Gouvernement ne chiffre pas — et vous auriez entre-temps perdu une saison de chauffe, ainsi que le bénéfice des aides encore ouvertes.
Quels seuils la future réglementation va-t-elle fixer ?
Personne ne le sait encore, et c'est la question sénatoriale n°03899 elle-même qui le constate : « aucun seuil précis n'a été officiellement communiqué ». Ce que l'on sait : le projet publié par la Commission en janvier 2024 relevait les exigences nettement au-dessus des critères de Flamme Verte, et il a été reporté pour être retravaillé après les objections des fabricants. Toute page qui vous annonce aujourd'hui des valeurs chiffrées pour la future réglementation invente, ou recopie le projet retiré de 2024 en le présentant comme le droit en vigueur.
Le chauffage au bois représente-t-il vraiment 67 % des particules fines ?
Oui, au sens précis où le Gouvernement l'énonce : 67 % des émissions françaises directes de particules fines PM2,5, d'après les données 2022 du CITEPA, citées dans les deux réponses ministérielles. Deux nuances importantes. Il s'agit d'une part dans les émissions directes à l'échelle nationale, et non de la qualité de l'air que vous respirez chez vous. Et ce chiffre est porté par le parc ancien et les foyers ouverts : un appareil à granulés plafonné à 20 mg/m³ de particules n'est pas dans la même catégorie qu'un foyer ouvert autorisé à 50. C'est précisément pourquoi la réponse publique est un durcissement des exigences sur les appareils neufs, et non une interdiction du combustible.
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